High Maintenance in Toulouse

30 September 2009

Who wants some techno?



Je pense qu'il n'est plus utile de présenter ici Drama, qui est maintenant comme chez lui sur HMiT ! Ses livraisons régulières pour le blog rencontrent un franc succès. Il nous offrait tout d'abord son excellent Get on down, au sample dévastateur, puis nous faisait flotter entre deux eaux avec sa mixtape Rice & Beans - Volume 3 et a aujourd'hui choisi de nous replonger dans l'univers des raves du début des années 90 au moyen d'un set qui porte si bien son titre, Remember the Future. Vous savez ? C'était quand Laurent Garnier venait jouer dans les hangars à Toulouse ou quand Jeff Mills incendiait le Bikini en version 1.0.

C'est donc un véritable cours de rattrapage d'histoire technoïde qu'il donne aujourd'hui gratuitement aux kids en mal de repères. Le mix, exécuté sur platines vinyles, est bourré de classiques - petits et grands, du fameux Jaguar à Positive Education de Slam (qui est peut-être mon coup de cœur du set) en passant par Higher State of Consciousness ou The Storm. La scène américaine est évidemment très bien représentée dans ce mix de puriste, avec des artistes tels que Steve Stoll ou le New-Yorkais Joey Beltram. Mais on ne s'étonnera pas de constater que c'est plus précisément la Detroit techno qui tient ici le premier rôle : outre Dj Rolando aka The Aztec Mystic, on trouvera donc Jeff Mills, l'incomparable Daniel Bell aka DBX, ou encore Underground Resistance. Les Européens n'ont cependant pas été exclus de cette sélection - enfin, quand je dis "Européens", je devrais presque préciser "Anglais", tant Dave Angel, Luke Slater aka Planetary Assault Systems, Dave Clarke, Underworld ou Surgeon laissent peu de place aux producteurs continentaux (ouf ! on trouve tout de même un Français - Technasia - au beau milieu de tous ces rosbifs) !

Vous noterez à l'écoute que le son est dur, avec une dominante industrielle, répétitive, qui ferait presque passer les notes acides qui ponctuent le tout ici ou là (Acperience 1 de Hardfloor par exemple) pour "guillerettes" ! Eh oui, il fallait bien ça pour combler dix mille personnes ecstasiées dans un entrepôt désaffecté...

Drama - Remember The Future by DaleCooper
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Playlist :

Vapourspace - Gravitational Arch Of 10
Energy Flash - Joey Beltram
Cum On - DJ HMC
Positive Education - Slam
Acperience 1 - Hardfloor
Rez - Underworld
Higher State Of Consciousness - Wink
Forklift (Luke Slater's filtered Remix) - Joey Beltram
Funkelectric - Planetary Assault Systems
Losing Control - DBX
substance Abuse - Fuse
Side On - Space DJz
The Storm - Dave Clarke
Magneze - Surgeon
The Bells - Jeff Mills
In From The Night - Planetery Assault Systems
Step To Enchantment - Jeff Mills
Flash - Fix
Observer - Steve Stoll
Ball Park - Joey Beltram
Protective Custody - Dave Clarke
Jaguar - DJ Rolando aka The Aztec Mystic
Descent - Technasia
Airborne (Carl Craig Remix) - Dave Angel
Amazon - Underground Resistance

29 September 2009

Le deuxième sexe




Comme beaucoup, on était tombé amoureux de Cooly G lors de la publication de son premier single, ce printemps, sur l'essentiel label Hyperdub. Même si Narst, la face A, nous paraissait plutôt un bon morceau UK funky avec suffisamment de tension dark pour éviter à la chose de sombrer dans l'unidimensionnel, c'est surtout Love Dub qui nous a retournés ou plutôt détournés ; détournés de cette dictature masculine de la basse wobble qui fait trop souvent ressembler le dubstep à une exhibition de culturisme qui ne serait pas avare sur la créatine. L'irruption d'une présence féminine dans ce concours de muscles que peut représenter la bass music, où les femmes servent de caution sexy à coup de vocalises sur des tracks produits par des hommes, vient rappeler combien le deuxième sexe se fait trop rare dans la dance music. Ecouter Love Dub, c'est donc rester lové sous sa couette dans un état d'apesanteur, auprès de sa dulcinée qui chuchote des mots doux à l'oreille, après épuisement physique intégral (programme auquel on adhère totalement). De fait, le morceau ne connaît pas vraiment de progression mais se contente de dérouler une séquence continue de volupté sans fin (bon, il faut quand même que tu sélectionnes l'option repeat).

Du coup, on a creusé l'affaire pour s'apercevoir que la miss dispose d'un paquet de très bons tracks en stock dont beaucoup naviguent entre dubstep cotonneux et UK funky déviante, autant de propositions originales que certains se sont empressés de dénommer funkstep. Sur Dis Boy Part 4 par exemple, Cooly G prend la funky house à contrepied pour narrer, sur une trame minimaliste, une rupture sentimentale où chaque beat sonne comme une étape de plus vers la sortie. Ailleurs, sur des titres évocateurs comme Floating ou Feeling You, c'est en revanche l'œstrogène qui monopolise la parole, tant douceur et séduction dégagées nous envoûte. Bref, un mystère féminin hautement recommandé.

Cooly G - Dis Boy Part 4 (BM Soho / 2009)

La série des Dub Organizer eps est en vente ici.

25 September 2009

Le supplément week-end



J'ai peu de temps : l'appel nocturne du vendredi soir se fait entendre dehors et j'ai toujours un mal fou à y résister. Cela dit, je ne voudrais pas vous laisser sans musique pour le week-end. Commençons donc avec un morceau qui correspond très bien à cet été indien ("on ira...") que nous sommes en train de vivre. La vidéo a pas mal tourné ces derniers temps, mais pas le mp3. C'est cadeau !

Goon & Koyote - Wellness is Wild (Dre Skull Mix) [right click to download]

[Disponible ici : tout le maxi est cool]

Nous n'avons encore rien posté de Major Lazer ici. Qu'avons-nous attendu ? Ca dépouille évidemment et, après Pon De Floor, le track When You Hear The Bassline nous a immédiatement séduits. C'est catchy à mort et une fois de plus, le feat. vocal fait mouche. La rage de Ms Thing colle parfaitement bien à cet univers ragga futuriste de fond de cave. Le duo néerlandais Dance Area est au remix ici pour soutenir la paire de producteurs Diplo et Switch.

Major Lazer - When You Hear The Bassline (Dance Area Remix) [right click to download]

[Album disponible ici]

Nous avons fait monter la pression ; à présent, faisons exploser la marmite ! Vous avez sans doute déjà entendu parler du label Sound Pellegrino, le petit frère d'Institubes. C'est LE label qui fait trembler la toile. Normal, ils sortent les artistes les plus créatifs du moment : Douster, Renaissance Man, Solo, Riva Starr, Zombie Disco Squad... En plus, ils gèrent très bien le buzz, comme en témoigne le mystère qui plane autour de leur dernière signature, Gucci Vump. Trouver l'identité de cet artiste excite tout le monde et chacun y va de sa petite conjecture. Parmi les noms les pus crédibles, émerge celui de Brodinski mais d'aucun ont émis l'idée saugrenue qu'il s'agirait du projet underground de Tiësto ! Faut dire que le label fait joujou avec son monde depuis le début (voir leurs charts fantaisistes du mois d'août) et qu'Orgasmic et Teki Latex se sont amusés dans le press kit annonçant la sortie du maxi à former le nom de Tiësto avec les premières de chaque paragraphe... Bref, peu importe, car ce n'est pas leur dernière sortie qui m'occupe ici, mais la précédente. Oui, je sais, je suis un gros has been, mais que voulez-vous ?, il y a trop de trucs à poster et pas assez de temps pour le faire... Je travaille trop, quoi ! En tout cas, avec Wedouwedou de Momma's Boy (aka Mikix The Cat) remixé par Kid Kaio, on a presque 7 minutes de techno sous trip "disney" qui fera lever les bras à tout le monde sur le dancefloor en pleine pick hour !

Momma's Boy - Wedouwedou (Kid Kaio Remix) [right click to download]

[Disponible ici]

"Voilà, c'est fini !"

23 September 2009

Le vendredi, c'est Bikini


Ce vendredi, je vous conseille une soirée au Bikini, la Partouze Numeric. Alors, je sais : ce nom est de très mauvais goût et donne envie de fuir, mais ne vous y fiez pas, car le concept a de quoi séduire. Le but est en effet de sortir les VJ's de leur rôle purement décoratif et de les mettre sur le devant de la scène, au même titre que les DJ's. Pour cette troisième édition, la Partouze Numeric (aïe, j'ai vraiment du mal avec ce nom) revient au Bikini ce vendredi 25 septembre.

Le retournement en règle du dancefloor sera assuré par Electrobugz aka Beuns (Heretik / Level 75), que beaucoup doivent connaître ici, notamment grâce à sa présence sur la compilation Spicy Cunt vol. 1, par Daryl Corn Flexx (Boxon Rec.) et Mistyskunky (TNT). Ces trois-là seront assistés par Multi-K et Zero-X (KZP), Droogz Brigade, et par les MC's Furious Tolosa & Pedro. Ça ira du hip hop à l'electro surchauffée !

Du côté des VJ's, l'affiche est belle aussi, avec Le Collagiste
, Bombaklak, Dc Olfta et Ted Brickman.

Vous pouvez vous faire une idée en regardant le report de la deuxième édition ci-après.


22 September 2009

Say cheese?



Nous avons connu les Say Cheese! par l'intermédiaire des Peash, qui en sont comme les protecteurs. Les Say Cheese! sont deux frères de 21 et 27 ans qui skatent et mixent ensemble depuis un bout de temps. Ce n'est pas tant leur première occupation que la seconde qui nous intéresse ici, car ils sont plutôt doués derrière les platines, maniant le Serato comme d'autres le sabre ! D'ailleurs, il y a quelques mois de cela, une de leurs mixtapes - sur laquelle étaient playlistés, entre autres, B. Rich et Rob Threezy - ne nous avait pas laissés indifférents. Il faut bien avouer que leurs sources d'inspiration ne sont pas très éloignées des nôtres : la fidget de Foamo, Switch, Sinden, Herve ou Boy 8-Bit, la Bmore du Tomb Crew, de Scottie B ou de Rampage, la house filtrée des Fred Falke, Dj Sneak, Thomas Bangalter, Buffalo Bunch et les tubes électroniques bodybuildés façon Laidback Luke. Leur savoir-faire les a conduits à jouer à L'Ambassade (ah ! encore elle), à Montauban pour une soirée Carhartt, ou récemment, à mixer pour American Apparel. En cette rentrée, ils préparent leur retour, une résidence se profilant dans un lieu encore tenu secret. Mais ne vous en faites pas : vous serez les premiers avertis !

Pour l'heure, ce qui est d'actualité, c'est la Cheesytape vol. 2, qui prouve que le son techno revient en force, comme on avait déjà pu le constater dans le dernier mix de Drama ou dans celui de leurs amis les Peash. Ainsi, leur son, grâce à des artistes comme Jokers Of The Scene, Popof ou Brodinski, a pris un virage techno, et c'est donc avec un mix mêlant minimale, electro, et techno donc, qu'ils ont choisi d'apparaître sur HMiT. Mais je me tais et vous laisse écouter tranquillement ce set composé avec amour. A bientôt !

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Setlist :
Tonka - Orca
Daniele Papini - Hidden Source
Adam Shaw - The Plot Thickens
Popof - Mr Orange
Paul Schal - A Summer Melody (Remute remix)
Underworld, Mark Knight, D Ramirez - Downpipe
Sebo K & Metro - Saxtrack
Roland M Dill - Black Coffee
Jérome Sydenham - My Pet Gorilla
Oliver Huntemann - Shanghai Spinner (Joey Beltram remix)
Spektre - Cheyenne (Uto Karem remix)
Wolfgang Gartner, Francis Preve - Yin
Christian Smith, John Selway - Mistral (Anton Pieete remix)

20 September 2009

Le Renard et les Geeks



Les joies de myspace, c'est ça : tu tombes par hasard sur des mecs que tu ne connais pas ; tu trouves leur son mortel ; tu te dis qu'ils doivent être cools comme l'est leur musique ; donc, tu commences à discuter par mail avec eux et les mecs finissent par t'envoyer dans ta DropBox leurs morceaux, parce qu'ils kiffent ton blog et que les tracks en question n'ont jamais été blogués avant. Ben, du coup, t'as grave envie de parler d'eux, parce que tu crois en eux ! Eh bien, c'est comme ça que ma rencontre avec Le Renard s'est faite. Il n'a que 22 ans et fait pourtant déjà figure de papy au sein de son crew, la Geek Conspiracy ! Vous me direz que, évidemment, avec un nom pareil, il ne peut s'agir que d'un crew de teens fous de technologie produisant une musique de kids. C'est vrai mais ce n'est pas non plus juste comme vous vous l'imaginez. Non, la Geek Conspiracy ne produit pas seulement de l'electro saturée qui part dans tous les sens. Leurs influences sont plus riches, comme en témoigne la musique du Renard, précisément.

En plus, je dois avouer que je me sens plutôt proche de lui, car, comme moi, c'est l'album Homework des Daft qui l'a irrémédiablement plongé dans les musiques électroniques. Ce qui me plaît également en lui, c'est ce mash-up d'inspirations hétéroclites qu'il affiche sur son myspace : Giorgio Moroder, Moondog, Mr. Oizo, Philip Glass, Kraftwerk, Chopin, The Beatles...

Maintenant, trois tracks du Renard, soit trois facettes différentes de son univers musical. Tout d'abord, avec Panorama, on est du côté de ses influences rock, synth-pop. On pense quelque peu, pour citer des artiste actuels, à Delorean ou à Mondkopf.

Le Renard - Panorama


Fruits fantastiques, qu'il a la générosité de nous donner en téléchargement, est plus ludique, plus nintendo, et assez house au fond. Il y a du Louis La Roché là dedans.

Le Renard - Fruits fantastiques [right click to download]


Enfin, mon morceau préféré, Heat. Le tempo y est plutôt assagi, mais la boucle funky est bien construite et assez hypnotique. Sans démonstration, le track monte progressivement et finit par envoûter. La nappe de synthé, quant à elle, joue à fond la carte de l'émotion et, quoi qu'il n'y ait rien de tape à l'oeil ici, on est quand même très vite pris de headbanging... Bravo !

Le Renard - Heat


Pour finir et en revenir à la Geek Conspiracy, emmenée par Beatle'Co, il faut savoir qu'elle a déjà commencé à faire parler d'elle un peu partout depuis sa création en 2008, avec une release et un mix pour Boule à facettes, un remix pour la compilation Lap/Top (la première) du webzine Street Tease, et avec une série de dates plus ou moins prestigieuses, à Paris (Nouveau Casino, Batofar, Gibus, NY Club, Café Carmen, Flèche d'Or, Régine, Alimentation Générale...) ou encore à Arles. Ils seront peut-être bientôt à Toulouse, s'il y reste encore un patron de bar qui considère que sa première mission est d'offrir une programmation musicale de qualité... C'est pas gagné, quoi ! Enfin, si par chance, ce rêve s'accomplissait, try to be part of it !

19 September 2009

Re-rewind !


 
L'influence UK garage, bien que souterraine, semble depuis quelque temps marquer les dernières productions de l'underground britannique à travers bien sûr les mutations dubstep en cours et l'éclosion UK funky mais, au-delà, par capillarité, c'est l'ensemble de la sphère fidget/ghetto bass qui lui rend hommage aujourd'hui sous une forme ou une autre (on pense à des producteurs comme Hot City ou Joy Orbison par exemple). Problème : si le UK garage a largement dominé les clubs anglais de 1997 à 2002, le mouvement est resté relativement méconnu ailleurs compte tenu de son insularité prononcée, d'autant plus qu'il a recouvert des évolutions musicales diverses à la cohérence pas toujours évidente à établir. Le genre se veut au départ une réponse londonienne au garage US dont il s'inspire au mitan des années 1990. En effet, jusqu'ici la scène outre-manche est largement dominée par la jungle, héritière directe de l'explosion rave breakbeat hardcore, mais celle-ci ,vers 1996-1997, radicalise sa proposition musicale en lorgnant inexorablement vers un son plus dur, plus industriel (le techstep) et finit par perdre à la fois son avant-gardisme et son groove au grand dam d'un grand nombre de ses fans, notamment féminins. De plus en plus de djs drum'n'bass, insatisfaits de la situation, prennent leur distance et tentent un retour aux sources de la house en se plongeant dans le garage US, dont la proximité avec la jungle tient simplement au fait que celui-ci était joué dans les espaces chill-out des raves drum'n'bass. Si donc à l'origine, en 1996-1997, la bourgeonnante scène garage britannique se nourrit essentiellement de son homologue américaine en vénérant des producteurs bien spécifiques (Todd Edwards pour sa science du cut-up vocal, Roy Davis Junior pour s'être affranchi du 4/4 et Armand Van Helden pour ses remix), elle connaît rapidement un développement de la production locale qui, à mesure qu'elle s'étoffe, s'éloigne de son modèle originel afin de répondre aux attentes spécifiques de l'audience rave locale. D'underground garage on passe ainsi au speed garage puis au 2-step, autant de dénominations qui témoignent de l'extrême plasticité du UK garage au cours de sa brève mais glorieuse histoire. Rewind en 20 morceaux essentiels du genre censés éclairer ses mutations malgré une sélection plus que ardue à effectuer vu le nombre ahurissant de classiques méconnus qu'il a généré (récriminations sur les oublis inadmissibles en comments svp).

X Presidents - Diamonds Rings (Urban Hero / 1996)  [Deleted On Request]

Sorti de nulle part ce morceau impose d'emblée un style résolument anglais au garage, plus tranchant, dans un pur style pumpin'. Un remix 2-step plus tardif par DND achève de consacrer le statut de classique underground de la chose.

Nu Birth - Anytime (Nu Jak / 1996) [Deleted On Request] 

Entre classicisme du track vocal 4/4 et basse élastique, un des premiers vrais tubes du genre avec son motif de saxo(?) imparable. Pas la révolution mais du solide. On parle désormais de speed garage pour signifier qu'au niveau bpm on entend relever le niveau.

Double 99 - Ripgroove (Satellite / 1997) [Deleted On Request] 

Un tournant important qui reflète l'autonomisation de la scène garage anglaise pour un résultat proche du remix d'Armand Van Helden effectué pour le morceau Spin Spin Sugar du groupe Sneaker Pimps. Double 99 importe dans une structure 4/4 tout l'esprit ruffneck de la jungle à travers ses invocations ragga et ses infrabasses. Un cocktail inédit à l'époque brièvement dénommé raggage à l'impact dévastateur dans la mesure où il suscite l'intérêt du public drum'n'bass qui considérait jusqu'ici le garage comme vraiment trop léger pour les rude boys. S'ensuit une flopée d'imitations dont émergent le Gunman de 187 Lockdown et Oh Boy par Fabulous Baker Boys (qui sample un classique breakbeat de 1992). Le phénomène traduit une arrivée en masse des junglists dans la scène qui débouche sur un son plus hardcore tentant de perpétuer l'esprit rave.


Reach And Spin - Hype ! (Not On Label / 1997) [Deleted On Request]

Conçu à la base comme un remix/bootleg du titre Reach vocalisé par la diva américaine Judy Cheeks, le résultat élimine toute trace garage de l'original en lui substituant un motif d'infrabasse sur-addictif. Toute résistance est inutile, on succombe à la hype. Tube continu de 1997 à 2002 grâce à une myriade de re-remix.


Amira - My Desire (Dreem Team Remix) (VC Recordings / 1997) [Deleted On Request]


Au cours de l'année 1997, les ex-junglists convertis au UK garage expérimentent de timides évolutions rythmiques pour casser le sacro-saint 4/4 en y intégrant des micro séquences breakbeat issues des productions drum'n'bass. Les trois djs de la Dreem Team vont encore plus loin : s'ils conservent les vocaux et les arrangements de l'original, leur désir à eux rime avec polyrythmie. Une étape essentielle a été franchie, les breakbeats se sont définitivement emparés du garage anglais qui rompt ainsi ses attaches avec l'outre-Atlantique.


Dem 2 - Destiny (Locked On / 1997) [Deleted On Request]


Dem 2 sont juste des génies en traçant dès leurs premiers morceaux la trajectoire à venir du UK garage. Leur formule est simple mais imparable : sous leur direction, le UKG prend la forme d'un R'n'B futuriste qui combine science du cut-up vocal à la Todd Edwards et programmation infaillible des breakbeats qui posent la base rythmique de ce que l'on appelle désormais 2-step. Là où la jungle avait déjà appliqué la recette, à savoir juxtaposer féminité des vocaux et rugosité de la section rythmique pour créer un effet de contraste, les Dem 2 tentent à l'inverse de fusionner les deux éléments pour un résultat oxymorique qui marie sans coutures apparentes organique et mécanique. Le tout constitue ainsi une incroyable machine désirante qui prophétise une destinée cyborg au genre.

Groove Chronicles - Stonecold (Groove Chronicles Records / 1997) [Deleted On Request]


Duo constitué d'un ex-junglist (Noodles) et d'un wannabe junglist déçu (El-B, un véritable héros de l'underground anglais), les Groove Chronicles n'ont pas usurpé leur pseudo tant ils ont aligné les classiques gorgés de sensualité. Ici, Aaliyah fournit la caution sexy intensifiée par des saxos en chaleur mais dont les ardeurs sont temporairement refroidies par une basse menaçante. Il faut savoir faire monter le désir et retarder l'échéance, petit impatient.


Brandy & Monica - The Boy Is Mine (Architects Remix) (Not On Label / 1998) [Deleted On Request]


Le bootleg incontournable de l'été londonien circa 1998. Pas forcément génial mais notable pour le sentiment d'urgence qu'il instaure à travers ses vocaux pitchés et les cornes de brume qui sonnent comme un hommage aux raves du début des années 1990. Le traitement 2-step des chanteuses R'n'B se systématise ; elles y passent toutes, y compris Whitney Houston !

Large Joints - Friends (Large Joints / 1998) [Deleted On Request]


Large Joints (aka Dj South Central) est peut-être celui qui a poussé le plus loin l'idée du UK garage comme R'n'B pour la génération rave. Ses bootlegs de divas US, notamment sa préférée, Brandy, reprennent la formule de Dem 2 mais intensifient son aspect érogène, à tel point qu'il est parfois difficile d'en achever l'écoute en restant habillé.


Lenny Fontana - Spirit Of The Sun (Steve Gurley Remix) (Public Demand / 1998) [Deleted On Request]


Attention pierre angulaire du genre ! Le légendaire Steve Gurley (ex-junglist auteur de nombre de chefs-d'oeuvre) éclipse l'intention ensoleillée de l'original pour déployer un groove refroidi à la spatialisation quasi dub. Il insuffle ainsi une touche d'expérimentalisme dark à un morceau qui conserve toute sa dynamique dancefloor et s'affirme comme l'un des producteurs garage les plus avant-gardistes. Du grand art que l'on retrouve sur toutes ses productions magistrales, ici ou .


Leee John - Your Mind, Your Body, Your Soul (SAS Remix) (Locked On /1999) [Deleted On Request]


Encore le grand Steve à la manoeuvre en compagnie de son vieux pote Dj Phantasy pour remettre en selle Leee John, ancien chanteur du groupe disco Imagination (cela ne s'invente pas).


JJ Louis, Sovereign & Marvel - Making Me High (N19 / 1999) [Deleted On Request]


On se devait d'inclure un morceau de Sovereign au risque d'ignorer à la fois MJ Cole, M-Dubs, Stephen Emmanuel et Grant Nelson. Voilà c'est fait.

Artful Dodger - Rewind (Public Demand / 1999) [Deleted On Request]

L'un des plus gros tubes UK garage commercialement parlant. Après quelques pépites underground, les Artful Dodgers prennent d'assaut les charts anglais avec un morceau qui assume son côté cheesy, chose qui n'a jamais fait peur au genre. Au passage, on ne les remercie pas d'avoir lancé la carrière de Craig David (qui ?) qui vocalise l'affaire.


Zed Bias - Neighbourhood (Locked On / 1999) [Deleted On Request]


Encore un ex-junglist qui a profondément marqué la scène avec une pelletée de morceaux futuristes sous divers pseudos et labels. Neighbourhood, son plus grand succès public, reflète son ambition de combiner influences drum'n'bass et dread avec un héritage plus soul.


Wookie - Down On Me (Manchu / 1999) [Deleted On Request]


A l'instar du Standard Hoodlum Issue de ES Dubs (un pseudo de Zed Bias), Down On Me inaugure l'ère du groove minimaliste : les références R'n'B se font subliminales pour faire place à la machinerie rythmique.


El-B - Digital (Locked On / 2000) [Deleted On Request]


Ayant quitté Groove Chronicles pour des sombres histoires de caillasse (Noodles ne foutait rien et empochait le cash), El-B poursuit seul son exploration musicale de plus en plus aventureuse et sans concession. Son Digital, c'est Terminator updaté et paré pour le bug de l'an 2000. Tellement en avance que beaucoup voient en El-B l'inventeur du dubstep.


Dj Zinc - 138 Trek (Phaze One / 2000) [Deleted On Request]


Dj Zinc, pilier du courant jungle, décide de séduire l'audience garage en ralentissant sa drum'n'bass à 138 bpm. Et hop, un classique qui sera suivi par une armada d'imitations, ce qui a pour effet de durcir musicalement la scène.


Horsepower Productions - Gorgon Sound (Tempa /2001) [Deleted On Request]


Horsepower Productions dépèce au sens propre le UKG. Là où Dem 2 greffait un exosquelette sur la chair consentante des divas garage, le groupe séminal décide de passer au niveau méta : son objectif est d'opérer une désincarnation totale du genre, dont il ne subsiste désormais qu'un spectre dub, de vagues rush mémoriels de ce qui a été déambulant au milieu de structures rythmiques délicieusement hypnotiques. Bye bye UK garage, bienvenue au dubstep.


Pay As You Go Kartel - Know We (Solid City / 2001) [Deleted On Request]


En bon mouvement dialectique, le UK Garage voit poindre parallèlement à l'option abstraite de Horsepower, la dynamique inverse, à savoir une volonté d'une partie du mouvement d'ancrer plus fortement le son dans l'environnement social immédiat de la scène. Le phénomène se traduit par une montée en puissance des mcs, de plus en plus présents sur les morceaux, au détriment des djs qui simplifient donc à l'extrême leurs productions pour libérer l'espace nécessaire au déploiement de leur flow. Cette logique reflète le fossé générationnel qui s'est creusé au sein du mouvement : en effet les newcomers, plus jeunes, n'ont aucune attache avec le garage US mais revendiquent une influence hip hop qu'ils entendent injecter à la scène, au grand dam des vétérans du mouvement. Le phénomène entraîne la constitution de crews à l'américaine (sur le modèle du Wu Tang Clan) qui mêlent producteurs et mcs, à l'instar de Pay As You Go ou de So Solid Crew, leur grand concurrent de l'époque. Si le processus fera éclore à terme nombre de talents, il propulse néanmoins au cœur de la scène la culture gangsta qui signera l'arrêt de mort du UK garage par la fuite progressive de son élément féminin.


Dizzee Rascal - I Luv U (XL /2002) [Deleted On Request]

Le morceau ne sort officiellement qu'en 2003 mais tourne en boucle sur les radios pirates pendant des mois dès l'année précédente. Issus du collectif Roll Deep, Dizzee et Wiley (ce dernier produisant la chose) sont les véritables fossoyeurs du UK garage : beats dysfonctionnels, basse qui sonne comme un gimmick videoludique estampillé PS2, ambiance d'oppression urbaine, pas de groove, pas l'ombre d'une mélodie ; du vrai punk rock digital. La boucle est bouclée : à la diva garage s'est substituée la rage du mc, en lieu et place du 4/4 on trouve désormais un proto-breakbeat déglingué, à la sensualité initiale répondent maintenant des slogans robotiques et les infuences soul et R'n'B se sont volatilisées au profit du hip hop. Bref Todd Edwards ne reconnaît plus ses enfants. Bye bye UK garage, bienvenue au grime.



P.S. : un maxi big up au dj toulousain Ouifonk qui s'efforçait à l'époque de diffuser le UKG sur les ondes de Radio Campus.


16 September 2009

Q.G. & Papillon, c'est samedi !



Tous nos lecteurs commencent à savoir que nous ne portons pas vraiment le club Inox dans notre cœur, ni son festival (disons que nous l'aimons même moins encore). Les raisons en sont multiples, mais ici n'est pas le lieu d'en débattre. Quoi qu'il en soit, quand l'Inox propose un plateau qui permette aux artistes de la scène toulousaine que nous aimons de s'exprimer, nous ne pouvons que nous en réjouir et nous n'avons pas (trop) de scrupules à faire la promotion de l'événement. Par ailleurs, je crains que l'Inox ne soit de toute façon incontournable cette année dans la Ville Rose, depuis les fermetures successives de la (très) regrettée Ambassade et du Pink Flower. Nous espérons que, restant à peu près la seule institution électronique de Toulouse (évidemment, je n'oublie cependant pas le Bikini, l'Elektro ni quelques autres), elle aura à cœur d'assumer un rôle de défricheur, plutôt que de se cantonner, comme les années passées, à programmer uniquement les djs les plus en vue, sans prise de risque aucune. Enfin, elle aura également la lourde responsabilité - sous peine de donner à la France entière l'image d'une Toulouse musicalement ringarde - de dépasser le cadre borné qu'elle s'était fixée jusque-là, soit, en gros, le champ d'une minimale souvent agonisante. A quand de la Miami Bass, de la House, de la Baltimore Club Music, du Dubstep, de la Fidget, du Uk Funky, de la Booty, de la Midget, de la Ghettotech, du Baile Funk, de l'Acid House, de la Juke, de la Disco ou de l'Italo à l'Inox ?

Bref, seul le temps nous dira quelle(s) direction(s) artistique(s) aura (auront) été suivie(s) dans ce club, mais j'ai d'avance peur de ne pas m'y retrouver. Pour l'heure, revenons-en à la soirée qui nous y attend samedi qui, elle, ne devrait pas nous décevoir. Le warm up sera assuré par les très jeunes W.N.C., au style ravageur. Du haut de leurs dix-huit ans, ils reçoivent déjà pas mal de soutien sur la toile, notamment de nos confrères We Danse en France. Retrouvez ici via ce dernier blog une sélection de leurs titres.

A minuit, ce sera au tour de Major de prendre le relais. Je n'en dirai pas plus, car je dois avouer que je ne le connais pas ! A découvrir sur son myspace un remix de Michael Jackson assez déjanté plutôt réussi.

La soirée aura donc déjà bien commencé à chauffer quand les Push On s'installeront derrière leurs contrôleurs midi ! Il s'agit d'un duo toulousain appartenant au collectif Dynamik, auquel on doit quelques soirées mémorables à Montauban et ailleurs. Ils citent aussi bien dans leurs influences Led Zeppelin que Daft Punk, le Wu-Tang que Justice, Data, SebastiAn, Yuksek et Midnight Juggernauts ! Vous l'avez compris, on reste dans l'electro-rock bien burnée, quoique les Push On soient également capables de produire des tracks plus calmes : en témoigne Flash Fever sur leur myspace.

La marmite sera prête à exploser quand l'invité principal de la soirée, Q.G., prendra les commandes du club pour son live réclamé un peu partout en Europe. Rappelez-vous : nous l'avons interviewé il y a peu pour la sortie de son Reign in Blood Ep sur le label barcelono-toulousain DGA Fäu (l'interview ici, avec un remix exclusif à télécharger). Depuis, cette histoire est en train de se transformer en conte de fées, puisque le succès du maxi dépasse toutes les espérances : fin août, le remix de Toxic Avenger était classé 69è dans les charts de Beatport (catégorie Indie Dance / Nu Disco : à ce propos, on m'expliquera comment Beatport classe les genres musicaux...) et, début septembre, le magazine Trax intègre le morceau titre à son cd sampler du mois ! J'espère que le message est passé : s'il y a un live qu'il ne faut pas rater, c'est bien le sien !

Enfin, l'ami Papillon alias Tonton se chargera d'achever les danseurs à partir de 4h du matin, comme il sait si bien le faire. Le bonhomme est depuis plus d'une dizaine d'années un véritable activiste de l'underground dont la constance et l'intégrité ont fini par porter leurs fruits et lui valoir le respect des parrains de la scène techno française, tel Kiko (Goodlife) qui en a fait son poulain. Ne le répétez pas, mais Papillon devrait d'ailleurs bientôt signer sur un label phare de la scène française... A suivre. En attendant, ceux qui ont eu la chance de le voir en soirée le savent, Papillon est un dj qui n'hésite pas à mouiller le maillot derrière les platines, paré qu'il est d'une technique justement imparable ! Il est également très drôle et son humour irradie jusque dans ses clips, Life is Love ou Real Girl. Son parcours musical l'a conduit à franchir un à un tous les échelons, depuis le graff et les raves jusqu'à l'Inox, en passant par sa résidence remarquée à l'Ambassade l'an dernier.

Fidèle de HMiT, Papillon a décidé de gâter les lecteurs du blog en nous donnant un track enregistré cette année, Mission Order. C'est un morceau dans la grande tradition electro à la française, qui se situerait quelque part entre Citizen, Goodlife et Different, tout en apportant sa fraîcheur avec un gimmick entêtant de jeu vidéo. Ici, l'analogique est roi (on reconnaît les snares à la The Hacker).

Papillon - Mission Order [right click to download]


15 September 2009

Are you afraid to play 20 minute versions?



On le sait : Dj Hell n'est pas toujours le roi du bon goût. Cependant, on trouve des réussites incontestables sur son dernier album, Teufelswerk. Nous vous faisions déjà part il y a de cela quelques mois de notre enthousiasme pour U Can Dance, habité par la voix d'outre-tombe de Bryan Ferry, et je m'apprête aujourd'hui à faire les louanges du track The Dj. Sur le papier, le featuring a vraiment de quoi faire peur. Pensez donc : avoir recours, pour mettre en voix un track techno à l'ancienne, au flow de P. Diddy, rappeur aussi médiatique que cynique, sent en effet quelque peu le coup de Jarnac commercial. Pourtant, le résultat est étonnant. P. Diddy parvient à insuffler au morceau une forme de rage et d'ironie tout à fait salutaire. L'instru, quant à elle, révèle une production impeccable, qui emprunte tout autant à une techno binaire, cadencée, à l'allemande, qu'au groove des productions house américaines du début des années 90, incarné ici par les synthés et une ligne de basse parfaitement ciselée.

Hell - The Dj feat. P. Diddy [right click to download]


Album en vente ici (International DeeJay Gigolo Records / 2009).


11 September 2009

08 September 2009

Alla Vostra Mix



Le Château Lateuf est un collectif de djs et bloggeurs de plus en plus en vogue. En témoigne son récent passage au Ny Club à Paris, où ils ont partagé l'affiche avec les Trouble & Bass. Ce sont également nos amis. Souvenez-vous de la soirée Last Minute Party, dont l'invité d'honneur était Tchiky Al Dente du label CleckCleckBoom. Ce soir-là, nous avons eu le plaisir de jouer juste après Impakt aka M-Pulse, un des châtelains.
C'est donc avec une joie non contenue que nous recevons aujourd'hui un autre de ces seigneurs, Comix aka Biagio, qui nous confie son dernier mix, encore bouillant des titres qui ont fait monter la chaleur de toutes les (bonnes) soirées estivales. Dans cette sélection se percutent à tout va fidget, Bmore ou encore baile funk. Il y a d'ailleurs ici quelques morceaux que nous pourrions nous-même jouer... Je pense au remix de Dj Manaia ou encore au track de Dj Gregory & Gregor Salto. Même l'ombre de MJ plane dans les parages. Enjoy !

"Je sens la chaleur de l'été, c'est hot, c'est hot..."


1. Kool and the Gang - Fresh (SonicC Bootleg Remix & Comix Scratch)

2. Michael Jackson - Don't Stop (Mike Mago Remix)
3. Major Lazer Vs Michael Jackson - Billie Jean / Pon De Floor (The Deficient Bootleg)
4. Killin Tha Bass - Chubby Fingers
5. Bassjackers - Sujo (Bart B More Balkan Edit)
6. Radioclit - Secousse (Round Table Knights Remix)
7. Jesse Rose - Touch my Horns (Crookers remix)
8. Dj Gregory & Gregor Salto - Con Alegria (Solo 'more Cowbell' Remix)
9. Buraka Som Sistema - Aqui Para Voces (Mastiksoul Samba Remix)
10. El Guincho - Kalise (Round Table Knights Remix)
11. Pipe Disco - Zakopane (Extended Edit)
12. Juan Magan & Marcos Rodriguez - Bora Bora (David Prieto Re-Edit)
13. Crookers - Gipsy P
14. Mr Miyagi - We Gonna Give You The Lesson
15. Momma's Boy - Give It Up
16. Dj Spin Laden - Bomba (Dj Manaia Remix)

07 September 2009

Le swing du troisième millénaire


Photo : Last Nights Party


J'ai le cœur léger aujourd'hui et j'ai en ma possession la musique appropriée à ce genre d'émotions - que j'ai envie de vous faire partager. On ne s'étendra pas trop sur Boy 8-Bit, que tous les lecteurs de ce blog doivent connaître, je suppose. Disons simplement que c'est un producteur londonien en vogue, dans un registre plutôt maximaliste (qui s'en plaindra ici ?). Avec Baltic Pine, il signe un track moins "gonflé" peut-être qu'à son habitude, mais intéressant : ça part sur un pied à la Crookers, pour aller se perdre dans une mélodie doucereuse digne d'une complainte de Noël, dont l'air est repris par une bassline qui fait buzz, buzz. Et ça finit quasiment en fanfare !

Boy 8-Bit - Baltic Pine (This is Music / 2009) [deleted on request]

Disponible sur Juno.

Je me suis rendu compte en mixant que ce track était très proche d'un autre découvert récemment, Why Don't You, du dj serbe (peu courant, non ?) Gramophonedzie. Ce morceau devrait relancer à lui seul un sous-genre tombé en désuétude, la Swing House. En un mot, on a ici affaire à un track de jackin house basique rendu complètement addictif grâce à l'utilisation d'un sample tiré d'une chanson swing des années 40 (en l'occurrence, Why Don't You Do Right ? (Get Me Some Money Too) de Peggy Lee), bouclé et rebouclé dans un style cut up. Vous me direz ce que vous en pensez. Personnellement, je ne m'en lasse pas et je le jouerai dans tous mes sets quelque temps encore...

Gramophonedzie - Why Don't You (Guesthouse / 2009) [deleted on request]

Disponible sur Nuloop.

05 September 2009

Humanleft - Roarr Ep



On vous a déjà parlé du Toulousain Humanleft il y a peu, à propos de son morceau Ravekid. Depuis ses débuts il y a maintenant quelques années, le bonhomme a retourné bien des dancefloors, de Toulouse à Bucarest en passant par Lyon, où il a joué pour Nuits Sonores en 2008. Ses pérégrinations lui ont donné l'occasion de mixer aux côtés de Leonard de Leonard, Don Rimini, Brodinski, Strip Steve ou encore Jean Nipon.

Mais c'est sous sa casquette (et le mot n'est pas galvaudé pour parler de lui !) de producteur qu'il revient en force le 8 septembre, avec la sortie d'un Ep sur le label de Kid 606, Tigerbeat6. Là encore, son nom s'ajoutera à celui de quelques grands, tels Dat Politics ou Ddamage. S'il conserve sur ce maxi ce savoureux mélange de sonorités analogiques et de traitement numérique moderne, le son de l'Ep se révèle tout de même assez différent du track précédemment cité. Il lorgne en effet du côté du hip hop glitch. La basse y est omniprésente, comme dans les productions anglaises, mais l'énergie qui s'en dégage fait penser au crunk. Les synthés y sont ravey, mais de douces mélodies émergent, comme pour contre-balancer la saturation. Bref, le Roarr Ep, c'est un son hybride et futuriste, soit la rencontre d'Institubes ou Ed Banger avec le dubstep anglais. A vos i-pods !

Got Beatz by Tigerbeat6

Disponible sur Bleep.

P.S.: merci à Club, Bass and Wine, qui m'a fait l'honneur de publier le mix "Non, je ne retournerai pas travailler" dans ses Monday Mixes lundi dernier.

03 September 2009

Voix de garage



En seulement trois sorties, le jeune label Infrasonics s'impose comme la plus excitante franchise musicale de l'année, une sorte de Warp hardcore en devenir qui s'efforce de promouvoir un méta-UK Garage des plus prometteurs, bien que l'écurie ne se résume pour l'instant qu'à une poignée de producteurs. On avait déjà brièvement fait mention de Spatial, l'auteur des deux premières références, dont le son excelle à mélanger background 2 step et futurisme minimal en alignant des microsamples de divas, à l'origine extatiques, mais dont désormais le filet de voix semble comme étouffé par le manque d'oxygène (dans l'espace, personne ne vous entend crier).

La troisième sortie du label panache les productions d'Ike Release et de Hot City, ce dernier déjà repéré chez la très recommandable maison Ramp. Misdeeds prolonge peu ou prou l'orientation musicale de Spatial à coup de breakbeats chirurgicaux, expurgés de toute rugosité mais au pouvoir hypnotique décuplé par de lointains échos vocaux synchrones. Quant à Hot City, il tente de retrouver le sens originel du terme garage, à savoir sa rythmique 4/4 matricielle, tout en appliquant la même démarche d'intellectualisation que ses petits camarades. Le tout faisant d'Infrasonics le seul label qui réussit l'exploit de ne pas confondre nouvelles voix de garage avec impasses. Respect.


01 September 2009

Carrément méchant, jamais content



C'était couru d'avance : le grime était fini, d'un côté écrasé par l'essor du dubstep et de la funky house, de l'autre menacé de désertion dans ses rangs mêmes. Le genre était au bout du rouleau, victime de son propre présupposé de départ, à savoir sortir le son le plus crade possible, produire l'arte povera hip hop hardcore du XXIe siècle à partir de beats tellement rachitiques que l'on s'inquiétait sérieusement des problèmes de malnutrition chez les prolétaires londoniens. Des beats et aussi des mcs, oscillant entre chronique de la désespérance urbaine et aspiration à faire du blé, mais strictement rien entre. Si la formule, on ne peut plus minimaliste, s'est révélée dans un premier temps époustouflante de rage trop longtemps retenue, cette dernière s'est rapidement transformée en pur crachat musical, ultime geste nihiliste avant extinction des feux.

Certes les plus talentueux ou les plus opportunistes sont sortis de cette poche de pauvreté musicale et se la jouent désormais nouveaux riches (Dizzee Rascal, encore, dans son dernier clip Holiday, aïe) mais la plupart des protagonistes grime jouent encore aux gangstas de seconde zone sur des mixtapes ou des street albums confidentiels. C'est justement grâce à l'écoute de l'un d'eux, un mix de DJ Magic pour le label No Hats No Hoods que l'on se dit que le genre n'a peut-être pas encore les glandes salivaires totalement asséchées. Le casting se lit comme un all-stars grimey (Skepta, Wiley, Kano, Ruff Squad, Trim) et le moins que l'on puisse dire, c'est que chacun a donné le meilleur de lui-même, y compris les quelques newcomers recensés, comme Wariko. Les mcs ont retrouvé la gnaque mais surtout le sempiternel track 8-bar n'est visiblement plus le seul modèle disponible en stock, même si pour cela il a fallu piller quelques morceaux pas rancuniers sur les droits d'auteur. Cela tombe à pic, l'époque semble réclamer le retour d'une saine colère renouvelée.

Wariko - My Way

Black The Ripper - Best in The The Scene (Mix)

Extraits de DJ Magic - No Hats No Hoods Edition 1 (No Hats No Hoods / 2009). En vente ici.