High Maintenance in Toulouse

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17 February 2014

HMiT Exclusive Podcasts Series - #3 - Laundrymix - What the fuck is your head, drummer ?!! Mixtape



Troisième édition de notre podcast bimensuel : aux platines, Laundrymix, moitié de la paire Guachafita, les grands experts de la Tropical Bass à Toulouse. Landry est toujours à l'affût des courants émergents, surtout si ça vient du ghetto ! Ne vous étonnez donc pas de trouver ici des artistes dont vous n'avez jamais entendu parler, c'est ça la touche Laundrymix, un temps d'avance sur la bass des rues. Ne manquez pas dans la sélection deux de ses tracks maison, car oui, le monsieur est aussi producteur. HMiT Podcast #3, bouge ton booty!

Third edition of our bi-monthly podcasts: on decks, Laundrymix, one half of the Guachafita duo, big expert of Tropical Bass in Toulouse. Landry is always on the lookout for the emerging electronic waves, especially when it comes from the ghetto! So don't be surprised if you find here some artists whose name is totally new for you: this is the unique Laundrymix touch, a step ahead in the street bass music! Don't miss two of his own tracks in the selection, because yes, this guy is also a producer. HMiT Podcast #3, bounce your booty!

1. Spooky - Gladiator R.I.P
2. DJ Kilo ft. DJ Phresh - Get Ya Roll On
3. Spooky - Baby (DJ Q remix)
4. Baby Blue - Play (Bert On Beats Mix)
5. Laundrymix - beautifull
6. Remarc - R.I.P. (Phillip D. Kick's Footwork Jungle Edit)
7. TASO & Poppa Doses - Break Yo Self
8. DJ Fresh VS Diplo ft. Dominique Young Unique - Earthquake (SaBBo Edit)
9. Swizzymack - Big Butt
10. Laundrymix - Run
11. Static Ft. DJ Chip - She'll Fuck For A Buck
12. Tropkillaz - I Got Style
13. Sam Binga feat Redders - Freezy
14. Jubei feat Flowdan - Say nothin
15. Foreign Concept & DRS - Falling Stars
16. Emperor - Control
17. Foreign Concept - Paper Cha$er (with Punchline)
18. Candyland - Its a Shark! (Gold Top Remix)
19. Sam Binga feat Redders - Lef Dem
20. The Al Gore Rhythm Method - Gold Blooded
21. Fantom - Twerk
22. Vini X Comrade - Vai Twerk Remix
23. Tropkillaz - Hotdamn!
24. Thunderbird Juicebox - Clap Clap Clap
25. Ape Drums - Blaze Up Di Bloc
26. TWWTH - Thousand Million
27. Alex Coulton - Murda
28. Mighty Mark feat. TT The Artist - Dreaming In The Club
29. Lil Silva - Venture

Liens / links:


Info :

A venir samedi prochain, Toulouse House Nation # 2 à L'Episode Café, avec La Petite Team et moi-même. C'est gratuit de 22h à 3h. Real house music ! On vous attend !

Next Saturday, Toulouse House Nation # 2 at L'Episode Café (Toulouse), with La Petite Team and myself. It's free from 10 p.m. to 3 in the morning. Real house music. Be there!



18 May 2012

Roni Size - It's A Jazz Thing (Chicky Boom Remix)

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Chicky Boom, DJ et producteur toulousain d'origine niçoise,sait comment nous parler. Biberonné à la techno orthodoxe et au son des free parties à la fin des années 1990, il ne tarde pas à découvrir les joies polyrythmiques de la dance-music made in perfide Albion que l'on défend ici. Rien d'étonnant donc à ce que sa relecture d'It's A Jazz Thing, classique jungle signé Roni Size, fasse écho au UK Garage le plus insulaire, c'est-à-dire tel qu'on l'aime. Pour un peu, on confondrait presque son remix avec un inédit de Groove Chronicles circa 1998 tant il fusionne à merveille smooth attitude du titre original et swing des beats 2-Step. Cerise sur le gâteau, le morceau est en téléchargement libre!

06 May 2011

Footwork Jungle

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Philip D Kick s'emploie à remixer à la sauce juke/footwork des classiques drum'n'bass , attestant par là même d'une forme de continuité au sein de la culture dance hardcore. Difficile d'évaluer s'il s'agit d'un simple exercice de style isolé ou d'une micro-tendance amenée à se développer mais certains s'emparent déjà de l'idée à l'instar de Machinedrum qui propose une relecture intéressante d'un vieux morceau signé Roni Size.

Phillip D Kick - Footwork Jungle vol.1 by laurentfintoni

Phillip D Kick - Adam f - circles (footwork edit) by Phillip D Kick

Phillip D Kick - LTJ bukem - Atlantis (footwork edit) by Phillip D Kick

Phillip D Kick - DJ Taktix - Hornz for 94 (footwork edit) by Phillip D Kick

Phillip D Kick - Sound of the future - Lighter (footwork edit) by Phillip D Kick

Roni Size - New Forms (MD Juke Edit) by machinedrum

06 February 2011

R'n'Bass

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HMiT s'en était fait l'écho à l'occasion de la sortie de la dernière compilation signée Brodinski : l'année écoulée semble avoir remis au goût du jour la pratique du bootleg R'n'B. Les remix de Cassie commandités par le label Local Action, les travaux de Deadboy ou Brenmar ainsi que les relectures de Groove Theory et Kelis ci-dessous illustrent l'impressionnante série de morceaux pris en flagrant délit de détournement de minauderies vocales à peine majeures (ok, pour Kelis pas de souci).

Groove Theory - Tell Me Remix by George FitzGerald

Kelis - Brave (Dark Sky Remix) out now by Dark Sky

Pourtant le phénomène est loin d'être nouveau. On pourrait même affirmer qu'il est indissociable de l'histoire de la techno car aucun sous-courant ne s'est exonéré de l'exercice depuis le début des années 1990. Toutefois, c'est bien l'ensemble des sous-genres constituant ce qu'il est désormais convenu d'appeler la bass music qui a systématisé le trafic plus ou moins légal (plutôt moins) des vocaux R'n'B. De par leurs racines plus hip-hop, les techniques de production mises en œuvre par le breakbeat hardcore early 90's ont imposé le recours massif au sampling, au niveau rythmique mais également au niveau mélodique dans la pure tradition jamaïcaine du recyclage permanent. Ainsi la scène rave hardcore s'est transformée en ogre insatiable dévorant sans discernement vocaux reggae, soul, disco, pop ou R'n'B (à une époque où celui-ci prend sa forme moderne sous le vocable New Jack Swing) avec pour mission d'intensifier à moindre frais le sentiment euphorique généré par la frénésie rythmique des morceaux. Au départ il s'agit avant tout d'isoler une partie anthémique mais restreinte de la chanson d'origine afin de disposer d'une accroche mélodique facilement identifiable par l'auditeur. Dans ce cadre le R'n'B américain représente une proie facile notamment pour la jungle, héritière directe du breakbeat hardcore, lorsque celle-ci entame ses expérimentations musicales avant-gardistes vers 1993 : en témoigne l'utilisation de l'organe d'R Kelly par Potential Bad Boy qui, s'extirpant de nappes ambiant, offre un contrepoint bienvenu au bombardement de beats opéré par Have No Fear. Le procédé, parce qu'il recontextualise musicalement la partie vocale, l'extrayant souvent de son océan de guimauve originel, en transforme également le sens comme en attestent deux morceaux de DJ SS s'appropriant respectivement les chants d'Alison Williams (une artiste Def Jam ) et Whitney Houston.

Potential Bad Boy - Have No Fear (1993)

Rhythm For Reasons - The Love Statement (1994)

DJ SS - Black (1995)


Il faut cependant attendre l'émergence du UK garage (genre dont beaucoup de producteurs contemporains se revendiquent) pour assister à la généralisation du véritable bootleg R'n'B ne se contentant pas d'emprunts plus ou moins discrets au morceau original mais en proposant tout simplement une version déviante. Plusieurs raisons peuvent expliquer l'explosion du phénomène dans la deuxième moitié des années 1990. D'abord une étrange convergence stylistique s'opère entre musique électronique britannique et R'n'B US, ce dernier intégrant, par la grâce de producteurs novateurs tels les Neptunes, Timbaland ou Rodney Jerkins, des beats syncopés similaires aux routines 2 step employées par la dance music anglaise. De son côté, le UK garage entend récupérer l'audience féminine perdue par la jungle, ce qui passe par un adoucissement du son rendu possible par les voix sucrées du R'n'B, d'autant plus que leur détournement est encouragé par les maisons de disques qui laissent traîner des acappellas sur les EPs de leurs pouliches dans le secret espoir de se les faire chaparder. Par ce biais, les majors peuvent pénétrer le marché club pour éventuellement sortir officiellement des remix non autorisés à l'origine (en cas de succès underground) quand les producteurs garage espèrent écouler leurs white labels en profitant de mélodies déjà populaires sans payer de droits. De ces intérêts croisés naît l'idée furtive que le UK garage constitue une version futuriste du R'n'B dédiée à la génération rave. Si beaucoup de ces bootlegs exploitent à fond le potentiel commercial des morceaux originaux en se contentant de les dynamiser (cf. The Boy Is Mine), d'autres en proposent des versions irréelles aux aspects érogènes amplifiés (cf. le reworking du Best Friends de Brandy par Large Joints) ou jouent sur les effets de contraste entre rudesse rythmique/masculinité et volupté vocale/féminité (cf Sovereign Vs Destiny's Child).

Brandy & Monica - The Boy Is Mine (Architects Remix) (1998)

Large Joints - Friends (1998)

Myron - We Can Get Down (Groove Chronicles Remix) (1998)


Sovereign - Bug A Boo (2000)


Angie Stone - Brotha (El B Remix) (2002)


Les producteurs post-garage adoptent par la suite une attitude plus inégale face au R'n'B dans les années 2000. Si des bidouilleurs early grime et bassline comme Big Shot perpétuent la tradition du bootleg, si d'autres tentent de féminiser le grime (le label Aftershock a même lancé le R'n'G, fusion R'n'B/grime), ce dernier courant privilégie assez vite la testostérone, négligeant bientôt les divas US pour laisser place à la hargne des mcs. Pourtant, de façon assez ironique, le genre a surexploité les instrumentaux R'n'B pour mettre en valeur le flow d'hommes en colère renversant par là-même la logique initiale du bootleg. Ce relatif désintérêt autorise l'essor de scènes concurrentes qui, à l'instar de la drum'n'bass, de la bassline house puis de la UK funky, n'hésitent pas à piller Cassie, Brandy, Rihanna et leurs petites copines pour attirer les filles.

Ashanti - Rock Wit U (Big Shot Remix) (2003)

Wiley & Kano - Yeah (Usher Underground Freestyle)

Beyoncé - Naughty Girl (TC VIP Bootleg) (2004)

Aaliyah - Are U That Somebody (T2 Bassline Bootleg)


Dans un premier temps la plupart des acteurs dubstep abandonnent eux aussi progressivement le détournement de vocaux féminins, assimilé à une tentative appuyée de pénétrer le mainstream, pour préférer un minimalisme instrumental qui précipite un retour à l'underground. Il faudra attendre l'émergence du son Burial, qui sample abondamment Beyoncé ou Ray J, pour voir réapparaître en masse des fragments vocaux fantomatiques de divas US au sein des productions dubstep puis future garage. Le processus encourage bien sûr la résurgence de bootlegs en bonne et due forme, certains remarquables à l'exemple du travail effectué par Mala à partir des vocalises d'Alicia Keys.

Mala - Alicia (2007)

Deadboy - Long Way 2 Go (Bootleg de Cassie) (2010)


Parce qu'elle reprend à son compte le délire samplédélique du breakbeat hardcore, la ghetto bass des années 2000, dans toutes ses composantes, s'en donne à cœur joie question trafic d'organes féminins. Compte tenu de la faiblesse de leurs moyens, baile funk ou Bmore se contentent souvent de glisser joyeusement une rythmique générique sous un accappella R'n'B mais des producteurs plus aventureux, Diplo ou Switch par exemple, reconstruisent entièrement le morceau original (euh , pas toujours concernant Diplo). A l'heure de l'internet triomphant, il suffit de jeter un œil sur les charts de Hype Machine pour constater à quel point l'exercice du bootleg R'n'B s'est banalisé : tour de chauffe pour les producteurs en herbe, simple plaisir de remixeur du dimanche ou stratégie de communication visant à se faire repérer sur la toile, la pratique aboutit en tous cas à une démultiplication de relectures inégalement réussies, dissolvant quelque peu le supplément d'âme recherché par tous chez les divas US.

Curtis Vodka - Hey Girl (Remix Bmore de Chris Brown) (2006)

Missy Elliot - Bad Man (Diplo Remix) (2006)

P.Diddy Ft. Christina Aguilera - Tell Me (Switch Remix) (2007)



Bonus Tracks:

Brandy - Angel In Disguise (Fantastic Mr Fox's Nature Boy Rerub) [Unreleased / 2010]

01 October 2010

Humain(s) après tout

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Jamais duo n'aura aussi mal porté son nom. Artificial Intelligence est tout sauf un combo scientiste persuadé de pouvoir réduire l'expérience humaine à quelques équations musicales dont la rationalité implacable suffirait à faire le tour de la question. A l'inverse, la paire de producteurs a veillé depuis le début des années 2000 à profondément renouveler l'approche d'une drum'n'bass alors outrageusement techniciste. Entendons nous bien : le niveau de production de leurs sorties est tout simplement ahurissant mais toujours mis au service d'une subtile musicalité qui leur octroie un statut autre que celui de simples beatmakers. Leurs premières réalisations notables de 2003 , Won't Give Up et There For You entre autres , donnent chair à une armature rythmique dévastatrice (breakbeats sculptés au laser , basses d'une profondeur que Jacques Mayol n'a jamais atteinte) à travers l'utilisation de samples vocaux qui semblent avoir été lessivés à la mauvaise température. S'inspirant à la fois de la deep house et des formes les plus progressives de dance music , Artificial Intelligence annule leurs faiblesses respectives et valorise leurs points forts par la conception d'un récit musical immanquablement mélancolique sans être mièvre et suffisamment dynamique pour ne pas sombrer dans l'invertébré. Une sentimentalité et un sens de l'épique affirmés auxquels le groupe est resté fidèle tout au long de la décennie écoulée par la publication d'imposantes pépites, des collaborations prestigieuses ( Robert Owens , Dj Marky ou D Bridge par exemple) ainsi que par l'édification du label Integral promouvant un son oscillant entre le chaleureux et le vigoureux. Sous le titre de Stand Alone , nos trafiquants d'émotions synthétiques proposeront enfin le 18 octobre leur premier long format qui reformule l'angoissante question cybernétique, les machines ont-elles une âme ? Après écoute, on affirme, qu'en plus d'une âme, elles ont aussi un coeur.

Artificial Intelligence - Vibes (Unreleased / 2010)

27 April 2010

L'armée des ombres

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Initié par Rob Playford en 1990, le label Moving Shadow est légendaire à plus d'un titre : d'abord parce qu'il a accompagné avec d'autres (Reinforced, Suburban Base, Formation) la massification de la culture rave anglaise, ensuite parce qu'il a tout simplement poussé l'avant-gardisme musical jusqu'à un tel degré qu'il n'est pas usurpé de le qualifier de pionnier du courant jungle. L'Ombre Mouvante a ainsi posé les bases de la drum'n'bass et, au-delà, de tous les courants britanniques qui s'en sont inspiré jusqu'à aujourd'hui, à tel point que l'on doute fortement qu'un seul producteur dubstep contemporain en rejette l'héritage. Bien qu'en activité jusqu'en 2007, le label a donné le meilleur de lui-même durant la période 1992-1994, celle que l'on te propose de revisiter à travers 20 titres emblématiques, lorsque, subissant le backlash anti-rave hardcore, il a dû se réfugier dans la quasi-clandestinité. Loin des regards, méprisée par l'intelligentsia techno, une véritable armée des ombres au service du breakbeat a développé une mentalité d'assiégé qui lui a permis de résister à tous les courants 4/4 en vogue de l'époque. Dans l'obscurité, le label a pu mener en toute quiétude des expérimentations sonores hallucinantes, encore exploitées aujourd'hui, avant l'explosion jungle de 1994 qui fait enfin entrer Moving Shadow dans la lumière. Retour donc sur ce label mythique en quelques titres phares qui , on l'espère , sonnent comme une invitation à redécouvrir l'entièreté d'un back catalogue de prestige.

1) Blame - Music Takes You (2 Bad Mice Remix) (1992)


L'archétype de l'anthem rave breakbeat hardcore tel qu'on le produisait à la chaîne en 1992 pour affoler des milliers de kids en gants blancs déchaînés jusqu'à l'aube. Le kit complet est présent , exceptée la corne de brume (fallait venir équipé) : samples hip hop, scratchs, vocaux féminins sous hélium, stabs en cascade, autant de rushs qui accompagnent les breakbeats frénétiques. L'épilepsie comme idée du bonheur.

2) 2 Bad Mice - Bombscare (1992)


Les 2 souris sont en fait 3 : Rob Playford, Simon Colebrooke et Sean O'Keefe constituent l'épine dorsale du label en produisant la majorité des premiers titres du label ensemble ou en ordre dispersé. Unissant leur force , ils conçoivent ici l'une des bombes les plus influentes de la dance music anglaise dont l'explosion initiale provoque des déflagrations en chaîne pendant quatre minutes. Les dommages collatéraux sont colossaux tant Bombscare a été remixé , samplé, bootleggé ou revendiqué par des producteurs de tous horizons jusqu'à aujourd'hui.

3) Kaotic Chemistry - Spacecakes (1992)



En 1992, les aspirants chimistes étant désormais légions parmi la jeunesse anglaise, Moving Shadow se lance dans le tutorat et fournit un kit informatif complet pour bien réussir sa carrière de raveur, en montée puis en descente, et correctement gérer des systèmes nerveux de plus en plus en vrac. Le LSD EP des Kaotic Chemistry, augmenté d'un maxi de remix, liste donc à travers ses différents titres à peu près toutes les substances illicites de l'époque.Toutefois le tableau de Mendeleïev n'est pas inclus.

4) 2 Bad Mice - Underworld (1993)



En 1993 la scène hardcore en tant que phénomène de masse est en crise . Méprisé par les médias , ostracisé par les faiseurs de bon goût, discrédité par des sorties ultra-cheesy, le breakbeat est unanimement boudé au profit des sons 4/4 (techno, trance , house progressive) perçus comme beaucoup plus respectables. Les rares fanatiques encore scotchés au genre se replient dans l'ombre des clubs et organisent la résistance. Les morceaux éliminent toute trace d'éléments populistes (motifs de piano accrocheurs , divas samplées) pour se concentrer sur une expérimentation polyrythmique radicalisée qui annonce la naissance de la drum'n'bass. Qui m' aime me suive dans l'underground semble nous signifier 2 Bad Mice.

5) Cloud 9 - You Got Me Burnin' ( Ray Keith & Nookie Remix) (1993)


La sirène de pompier arrive trop tard pour éteindre l'incendie intérieur qui menace les corps en ébullition des ravers jusque-boutistes au bord de la déshydratation. Les vocaux enfiévrés , entre euphorie et malaise imminent, ne s'adressent à personne d'autre qu'à miss ecstasy, la fille la plus populaire de l'époque.

6) Foul Play - Finest Illusion(Illegal Mix) (1993)



Sorti en catimini sur le sous-label Section 5 pour des questions de samples non déclarés, le titre marque l'entrée de Foul Play dans la cour des grands après deux maxis publiés sur leur propre label. Le trio, comptant en son sein le légendaire Steve Gurley, n'a pas usurpé son pseudo tant ses tracks sont construits autour d'un jeu de dupes permanent entre des rythmiques tout en faux semblants , des basses vrombissantes et des vocaux trop beaux pour être vrais. L'illusion parfaite c'est bien sûr celle que procure la MDMA.

7) Hyper On Experience - Lord Of The Null Lines (1993)


There's a void where there should be ecstasy. La lamentation du sample vocal féminin dresse l'amer constat : la Fucking Voodoo Magic a bel et bien disparu sous les prises répétées d'E qui ont épuisé les corps et vidé le stock de sérotonine. L'utopie rave de la génération '92 s'achève , ne subsistent alors plus que la paranoïa de systèmes nerveux altérés et la rage de danseurs zombifiés qui s'aliènent à un champ de ruines dans l'espoir vain d' y retrouver l'innocence des débuts.

8) Mixrace - Mixrace Outta Hand (1993)


A la suite d'Hyper On Experience , Mixrace entend accompagner la descente aux enfers de tous les ravers en perdition à travers son cauchemardesque Outta Hand qui choisit l'option maximaliste du début à la fin : des bpm qui dépassent les 150, des vocaux pitchés à +9 , des samples lugubres annonçant la fin du monde. Un document sonore quasi ethnologique sur l'état mental de toute une génération d'Anglais. Everything is getting dark.

9) Foul Play - Open Your Mind / Open Your Mind (Foul Play Remix) (1993)


Ecouté des milliers de fois dans toutes ses versions disponibles , le chef d'oeuvre Open Your Mind n'a toujours pas délivré tous ses secrets. Dans sa version originale , le morceau semble vouloir d'abord nous faire perdre tous nos repères spatio-temporels en associant tir de barrage polyrythmique , basses étirées comme un chewing-gum en bout de course et samples importés de Mars. Mais le tout n'est destiné qu'à nous ouvrir l'esprit à ce qui surgit sans prévenir au bout de 2 minutes 25: un hook vocal féminin empli d'empathie extasiée suggère le retour à la lumière pour la scène breakbeat hardcore , la sortie par le haut des ténèbres. Bienvenue à la jungle, dans sa forme ambiant. Mais là où beaucoup auraient capitalisé sur ces vocaux addictifs en les surexploitant, Open Your Mind joue la carte de la frustration: lors de leur retour ceux-ci se fragmentent en effet comme autant de bris de verre se dispersant dans l'espace au grand dam de l'auditeur qui voudrait bien les retenir. Une seule solution, la touche repeat. Le propre remix de Foul Play est encore plus dingue en inversant la logique de l'original pour un résultat tout en lascivité lunaire.

10) Omni Trio - Mystic Stepper (Feel Better) (1993)



Lorsque Rob Haigh émerge de l'underground avec son ep Volume 2 , il accumule déjà un solide background musical : issu de la génération post-punk, il a engrangé plusieurs expériences musicales dans les années 80 avant son épiphanie rave attestée par la publication de plusieurs maxis sous différents pseudos (dont beaucoup sont extrêmement recommandables). D'où une musicalité évidente qui fait s'entrechoquer ambitions orchestrales et rythmique alliant densité et précision comme jamais jusqu'ici. Le secret ? Rob ne sample pas pour les retravailler ses breakbeats, il les crée avec ses petits doigts et son gros coeur, car oui c'est un sensible et ça s'entend.

11) Omni Trio - Renegade Snares (Foul Play Remix) (1993)



Peut-être le plus grand morceau jungle de tous les temps, tout simplement. Attention les versions alternatives pullulent mais aucune n'atteint l'intensité du Foul Play Remix originel.

12) Deep Blue - Helicopter Tune (1993)


De la samba cubiste à base de pales d'hélicoptère qui nous propulse très haut dans le ciel . Un archi-classique qui sonne étrangement aujourd'hui comme la matrice cachée du courant UK funky.

13) Blame & Justice - Essence (The Jazz Testament) (1994)


Personne n'a jugé bon de faire figurer ce terrible testament jazz sur YouTube. On répare illico cet oubli pour rendre Justice à Blame à travers un lien mp3 situé quelque part en fin de post. Un solo de sax en roue libre tente de se frayer un chemin entre des beats tout en dérapage contrôlé inventant ainsi le concept de lounge music pour établissement de nuit extraterrestre.

14) Omni Trio - Thru The Vibe (2 On 1 Mix) (1994)


Le Bongo Mix n'étant pas dispo sur Youtube, on s'est rabattu sur la version 2 On 1, du nom d'une superbe série limitée de maxis expérimentaux éditée par le label en 1994. Mais quel que soit le mix, Rob Haigh organise magistralement une collision hyperkinétique entre Erik Satie et James Brown soit le chaos et l'ordre, la délicatesse et la fureur, l'abstraction et la sueur, le shampoing et l'après-shampoing. Du vrai 2 en 1.

15) Renegade - Terrorist (1994)


S'inscrivant dans la tradition de terrorisme musical prôné par Moving Shadow depuis le Bombscare de 2 Bad Mice, le renégat Ray Keith entend bien nous faire péter les tympans à coups d'infrabasses estampillées Action Directe. Basse fréquence, haute ambition , mission accomplie, hein qu'est-ce que tu dis?

16) EZ Rollers -Believe /Rolled Into 1 (1994)


EZ Rollers réunit en fait deux pionniers du label qui ont déjà publié nombre de maxis sous divers pseudos (JMJ & Richie ou Hyper On Experience). Toutefois leur association marque une étape essentielle dans l'évolution de la jungle. Par leurs beats policés et leur musicalité les morceaux Rolled Into 1 et Believe suscitent l'attention d'un public extérieur au mouvement jungle, notamment l'intelligentsia techno et IDM, qui reconnaît enfin les qualités intrinsèques d'une drum'n'bass désormais exempte de vélocité. Cette légitimation par l'aristocratie du bon goût marque évidemment pour partie le début de la fin en terme de créativité mais permettra à EZ Rollers de savourer par la suite un succès populaire non négligeable même si le groupe n'a jamais fait mieux que ce premier essai.

17) Foul Play - Being With You (1994)



Anticipant le départ de Steve Gurley, Foul Play publie un EP en forme de testament avant un changement de direction. L'amour est une quête nous rappelle leur Being With You et afin de conquérir son coeur, il faut libérer la belle égarée au fin fond d'une jungle tropicale située en dehors du système solaire. D'où tous ces bruits de grillons mutants , ces hululements d'espèces non identifiées qui peuplent cette forêt extraterrestre dans laquelle on se fraie un chemin à coups de machette laser tant l'intrication rythmique reflète une végétation on ne peut plus dense. On touche au but lorsque survient sans prévenir le lointain écho de l'être aimé , coup de bol c'est Mary J Blige avatarisée. Le R'n'B sci-fi est né.

18) Dead Dred - Dred Bass (1994)



Alors que la jungle cartonne enfin dans les charts grâce à son versant ragga, Moving Shadow, qui n'a que très peu versé dans la drum'n'bass option dread, riposte avec ce morceau révolutionnaire qui sent la skunk à plein nez. Vocaux altérés par les blunts, breakbeats de rude boy et surtout des basses inversées titanesques qui préfigurent les expérimentations à venir du techstep.

19) Higher Sense - Cold Fresh Air Remix (1994)


Initialement sorti sur le label Liftin' Spirit, Cold Fresh Air refait surface sur Moving Shadow en mode remix. Le track porte en lui tous les stigmates de l'ambiant/intelligent jungle en confrontant sérénité océanique et beats déchaînés.

20) Essence Of Aura - Everybody (1994)


A l'instar de dizaines d'autres morceaux sortis par le label , Everybody documente la gentrification de la jungle à l'oeuvre fin 1994 et surtout en 1995-1996. Désormais le genre a pignon sur rue , tous les hipsters ne jurent plus que par la drum'n'bass dans sa forme la plus acceptable c'est-à-dire jazzy, mélodique, abstraite et bientôt inoffensive. Moving Shadow en profite pour se doter d'un nouveau slogan et sous-label, Audio Couture , qui prophétise le devenir insipide du courant. Parallèlement à cette option Rob Playford mise sur la relève techstep vers 1996 qui, en réaction à cette récupération de la jungle, entend durcir le son pour opérer un retour à l'underground . Le label commence donc par recruter le teuton Dom & Roland avant d'embaucher une myriade de nouvelles recrues constituant autant de partisans de la technoïsation de la drum'n'bass. En surface tout semble réussir à Moving Shadow pendant la période 1995-2000 (compilations à succès, production de l'album de Goldie, association avec l'éditeur de jeux video Rockstar Games, nouvelle série de maxis MSX) mais dans le fond l'avant-garde n'est plus au rendez-vous, dépassée par des labels plus novateurs et concurrencée par des courants plus populaires (le UK garage par exemple). Encore quelques années dans la lumière puis la nuit tombe définitivement en 2007 sur l'armée des ombres. On ne dansera plus jamais pareil jusqu'à l'aube, quand le reflet des corps (é)mouvants laisse la place à un jour que l'on espère toujours meilleur.

Omni Trio - Renegade Snares (Foul Play remix)

03 December 2009

Booyacka V2.0

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Est-il encore nécessaire de présenter The Count aka Hervé et son acolyte Sinden ? Occupant depuis maintenant plusieurs années une place centrale au sein de l'electro qui compte , ils saturent littéralement la blogosphère de leurs productions démentes. Si en solo la démarche de deux compères diffère, Sinden succombe au tropisme ghetto bass dans ses remix quand Hervé sombre souvent dans le pastiche d'à peu près n'importe quoi sous divers pseudos ( il nous a même gratifié cette année d'une relecture toute personnelle du rock gothique, au secours!), ils se réunissent toujours autour d'un projet commun qui nous semble parfois être incompris par les aficionados electro. En effet, il apparaît de plus en plus clairement que la franchise The Count & Sinden est avant tout destinée à célébrer les glorieuses heures de la culture dance hardcore britannique sous ses formes les plus insulaires. Ainsi, après avoir successivement rendu hommage au UK garage circa 1997 (Beeper, avec ses sonneries de portable directement importées des radios pirates de l'époque) , au dubstep (Stinging Nettle) , à la UK funky (Mega) , c'est désormais à la ragga-jungle de 1994 que s'attaquent les faux frères Stakhanov (à la suite de Skream qui a envoyé plus tôt dans l'année un très émouvant message d'amour à la drum'n' bass version 1993).

Strange Things respecte donc tous les canons du genre : une boucle vocale empruntée au très reggae roots John Holt cède rapidement la place à l'artillerie polyrythmique pour une rupture radicale de tempo annoncée par la stridence de sirènes censées siffler la fin de la récré. Et? Et retour à la case départ (ad lib.). Recette simple mais efficace maintes fois adoptée par la jungle (des milliers de morceaux sont bâtis autour de cette idée) que l'on peut goûter diversement. D'un point de vue junglistique , il est légitime de considérer ce revivalisme comme désuet compte tenu du niveau de production atteint par la drum'n'bass dans les années 2000. Mais ce serait oublier qu'en se sophistiquant à l'extrême, en s'intellectualisant à outrance, le genre a perdu de son impact dancefloor (ce à quoi il tente toutefois de remédier avec succès périodiquement). A l'inverse on peut insister sur l'excitation procurée par Strange Things à travers la compilation de tous les gimmicks identitaires de la jungle, à même de fédérer un large public dans la mesure où elle suscitera l'attachement des nostalgiques du genre tout en transmettant une part essentielle du patrimoine rave au public electro contemporain. Le morceau s'envisage par conséquent comme un artefact transgénérationnel via la recréation du même en pas pareil. Une bonne définition de la dance music en somme.


The Count And Sinden - Strange Things (Domino / 2009) en vente ici .

Bonus YouTube : proto-jungle en mode reggae /ragga-jungle (1992-1994)

1) The Prodigy - Out Of Space (XL)
2) A Guy Called Gerald - Free Africa (Juice Box)

3) A Zone - Callin' The People (Whitehouse)
4) Code Red - Conquering Lion (X Project)

5) New Blood - Worries In The Dance (London Someting)
6) X Project - Calling (Congo Natty)

7) Chuck E - Smokin A Blunt (Whitehouse)
8) Tek 9 - A London Sumting (Reinforced)

9) M-Beat - Incredible (Renk)

10) Shy Fx - Original Nuttah (Sour)

07 April 2009

Où étais-tu en 1992 ?



Where were you in ’92 ? : l’interrogation semble agiter la génération fluokid depuis que Mia en a fait un slogan fédérateur sur son album Kala. Pourtant d’AC Slater à Zomby, la véritable réponse se situe probablement entre la petite et grande section de maternelle. Mais bien sûr, seule l’importance symbolique de la question est à prendre en compte comme en témoignent les dernières productions de l’électro mondiale, qui, quasiment toutes, paient leur tribut à 1992. Dernier exemple en date, les productions et remixes de Rico Tubbs recrachent tous les gimmicks de cette époque bénie, bien que largement mythifiée.

Derrière la date magique, opérant comme un véritable sésame aujourd’hui, se cache en réalité le phénomène socioculturel le plus stupéfiant de l’histoire de la techno, bien que limité au Royaume-Uni. En effet, la période marque la massification du phénomène rave associée à la constitution d’une identité sonore ahurissante et à des codes subculturels spécifiques. Là où jusqu’ici le mouvement restait parcellisé en sous genres (Chicago house, techno de Detroit, garage...), le son british de 1992 réussit à agglomérer une constellation d’influences antagonistes dont le projet ultime est de simplement fournir la bande-son escapist à toute une génération d’Anglais prolétarisés par les années Thatcher mais désormais en pleine montée d’ecsta.

Et l’impensable se produit : des milliers de fans de hip hop, des rastas, des lads, des hordes d’indie rockers se retrouvent unis au fin fond de l’Essex autour d’une potion magique on ne peut plus fédératrice : samples vocaux piqués à des tubes pop cheesy overpitchés (principe repris par la Bmore ou le baile funk), infrabasses sans cesse triturées, séquence mentasm à tous les étages, piano italiens épileptiques, influences ragga, et surtout, c’est la grosse différence avec le son techno qui se développe alors sur le continent européen, utilisation de breakbeats hip hop constamment accélérés à mesure que la frénésie rave s’épanouit (archives à visionner
ici).
Le truc est tellement énorme que les charts sont régulièrement pris d’assaut par des tracks sortis de nulle part, produits par des kids aux pseudos improbables (Altern 8, SL2, Awesome 3, Sonz of Da Loop Da Loop Era). Merci papa, merci maman pour l’Amiga offert à Noël... La mixture ainsi synthétisée prend le doux nom de hardcore ou breakbeat hardcore tant les tenants du bon goût de l’époque en sont horrifiés. Ces derniers opèrent d’ailleurs un repli stratégique et réactionnaire vers la transe ou la house progressive (la minimale de l’époque !), créant ainsi les premières communautés de puristes de l’histoire de la house, réfugiées dans des clubs élitistes. Les autres, c’est-à-dire tout ado boutonneux normalement constitué, œuvrent à l’édification de l’utopie rave, c’est-à-dire la création d’une Zone d’Autonomie Temporaire qui transcende statuts social, sexuel et ethnique où tout n’est plus qu’amour et fraternité.

Si la parenthèse fédératrice se refermera dès 1993, on comprend aisément la nostalgie qu’elle peut susciter chez ceux qui ne l’ont pas connu : 1992, c’est un peu le mai 68 techno des moins de 30 ans. Il est ainsi plus facile d’appréhender le projet musical global de gens à priori aussi différents qu’Hervé, Diplo ou Kazey & Bulldog, leur éclectisme apparent renvoyant tout simplement à l’âge d’or de la rave music pas encore fragmentée en micro tendances qui constituent autant de chapelles et de cul-de-sac, à la volonté de recréation d’une communauté multiculturelle unie, à un retour à l’innocence originelle de la fête avant que celle-ci ne soit récupérée par les marchands du temple sous le nom de clubbing.





Bonus : top ten subjectif breakbeat hardcore 1992