Le label Astro Nautico présente la compilation Atlantics Vol. 2, riche de pas moins de 41 tracks ! Ce qui fait l'unité de la compilation, malgré la diversité des morceaux, qui explorent un large spectre au sein de la Bass Music, de l'expérimentation sucrée (P Villa) au footwork salace et happy (Dj Pyramid, RAJA) en passant par le broken beat à la cool (RDBN), c'est leur couleur printanière, voire estivale. Outre les morceaux des producteurs déjà cités, on prêtera également une oreille attentive à ceux des fondateurs du label, Obey City, Paul Jones et Kuhn. C'est d'ailleurs le track d'Obey City qu'on a choisi de mettre en écoute ici, mais ne vous privez pas des autres morceaux, puisque la compilation est en téléchargement gratuit sur le Bandcamp du label !
Infatigable zélateur du mouvement Footwork , le label Planet Mu nous invite aujourd'hui à pénétrer l'esprit de Cornelius Ferguson AKA Traxman, l'un des pionniers du genre aux côtés de DJ Rashad ou DJ Spinn. Au psychédélisme empirique et désorientant si caractéristique de la Juke, son album Da Mind Of Traxman ajoute un aspect soulful qui met à jour de solides racines musicales.Avant d'éventuellement se procurer la chose ici, on peut en découvrir les contours sonores à travers le mix qu'a confectionné le label boss Mike Paradinas. En cas d'affinités prononcées, on pourra enfin jeter une oreille sur son déconcertant remix du prochain, et excellent, single d'Ill Blu à paraître sur Hyperdub à la fin du mois.
Le mouvement ne date pas d'hier, mais le footwork fait beaucoup parler de lui ces derniers temps. Après de très bonnes sorties en 2011, notamment sur le label Planet Mu, l'année s'annonce sous les meilleurs auspices avec bon nombre de producteurs à surveiller de près. Dernière alerte en date : Lil Jabba.
Passé relativement inaperçu en juillet, ce Swisher EP apparaît dans le top 10 de janvierchez Fact Magazine. Proche du travail Patrice & Friends, Lil Jabba inclut un soupçon de soul et de funk à son footwork made in Baltimore. Le résultat est détonant : six morceaux flashés à plus de 160 bpm et une bonne dose de créativité.
Inégale dans ses propositions, la dance-music version 2011n'aura pas échappé à la loi d'airain dont procède traditionnellement son évolution. Agissant par hybridation, par recombinaison d'éléments préexistants, revisitant son passé à l'aune du présent, elle a pu produire d'excellents morceaux durant l'année sans toutefois être en mesure de faire jaillir une profonde révolution des formes sonores.La faute en revient souvent à un contexte de production,de diffusion et d'écoute totalement bouleversé à l'heure du net, achevant de consacrer une forme de globalisation musicale qui, paradoxalement, affaiblit son impact général. Prisonnière d'une dynamique rhizomique , la dance-music ne se mondialise en effet qu'en se fragmentant, créant toujours plus de micro-courants peu propices à l'élargissement de son public, qui lui même se segmente à l'infini, en l'absence d'un ancrage territorial fort susceptible de procurer de solides bases à un développement idiosyncratique. En un sens, l'electro semble de plus en plus post-géographique tout en continuant à hybrider des genres précisément définis par leurs origines territoriales (la techno/house de Detroit/Chicago/Berlin , le UK garage, ...) . A l'inverse, les tentatives pour fédérer et unifier tous ces courants en un mouvement de masse s'effectuent souvent au détriment des valeurs de la dance-music tant les genres les plus populaires cette année reprennent en réalité à leur compte les principes du rock comme en témoigne l'audience toujours croissante d'un dubstep désormais plus proche du heavy metal que de ses racines londoniennes. Ce constat établi, petite revue des tendances que l'on a cru déceler dans ce foisonnement musical version 2011 à partir de quelques néologismes plus ou moins improbables.
Glime: littéralement, courant qui vise à rendre glamour le
grime.Par extension, désigne tout ravalement de façade sonore qui tend à
inverser les valeurs d'un genre musical underground pour le rendre
désirable aux oreilles d'un large public juvénile, selon la recette
appliquée par Daft Punk en son temps sur la house.Exit donc le
minimalisme dark, le son crade , les atmosphères trop déprimantes de
désespérance sociale et place à une approche maximaliste conjuguant
synthés multicolores en 3D, gimmicks vidéoludiques flashy et vocaux
sous hélium. Force est de constater que si cette captation du capital
subculturel des prolétaires par des futurs nouveaux riches à peine majeurs va
quelque peu à l'encontre de nos idéaux désuets de redistribution
égalitaire des richesses, elle a produit cette année des résultats
enthousiasmants (Glass Swords de Rustie, bien sûr).
Meilleurs exemples 2011 : Rustie, Hudson Mohawke, Kampfhaft, Sinjin Hawke.
Youkigaragisme: Artisan basé à Sydney , Toronto ou plus exceptionnellement à Londres, le youkigaragiste est nostalgique d'un temps qu'il a rarement connu, faute d'avoir eu 20 ans en 1998, depuis qu'il est tombé sur un vieux track de Groove Chronicles en flânant sur YouTube.Dès lors il n'a de cesse de vouloir faire swinger ses beats comme Steve Gurley tout en passant ses nuits sur E-Bay à regarder s'envoler la cote des vieux maxis d'Industry Standard.
Meilleurs exemples 2011 : Mosca,Chaos in the CBD, VVV.
Le syndrome "ich bin ein Berliner" : déménagement précipité d'un producteur pour Berlin. Profitant ainsi d'un logement au loyer modique et d'une atmosphère créative optimale, le quidam ne tarde pas à réviser ses orientations musicales sur les bons conseils de Marcel Dettmann afin d'exploiter les nouveaux débouchés économiques qui s'offrent à lui.Désormais habité par des valeurs de rigueur et d'austérité rythmiques, il s'abandonne au purisme techno et deep house dans une stricte filiation Detroit/Chicago, villes jumelées à Berlin depuis au moins Kennedy. NB : pour ceux qui craignent les hivers à moins 10° C, marche aussi sans se relocaliser dans la capitale allemande.
(Tech)no future: fâcheuse tendance pour un producteur de bass music à technoïser ses tracks pour diverses raisons : parce qu'il aspire à un rythme de vie plus régulier incompatible avec les breakbeats , parce qu'il veut être playlisté par a)Jeff Mills, b)Richie Hawtin c)Carl Craig , parce qu'il est atteint du syndrome "ich bin ein Berliner". Problème : ses tracks finissent par ressembler à un vieux morceau de a)Jeff Mills, b)Richie Hawtin, c)Carl Craig.
Meilleurs exemples 2011 : le label 3024, Blawan, Boddika.
Jacquesyourbodisme: découverte subite des origines de la
dance-music par un producteur qui ne jure désormais plus que par la
House de Chicago. Tenant absolument à faire partager son enthousiasme,
celui-ci nous gratifie dès lors de tracks que l'on possède déjà depuis 1987.
Meilleurs exemples 2011 : Jacques Greene, Julio Bashmore, Maurice Donovan.
DiPisation : A ne pas confondre avec la pratique en vogue dans
l'industrie du film pour adultes. Processus de vieillissement accéléré
d'un producteur passé l'âge de 22 ans (21, si celui-ci est issu du
post-dubstep). La DiPisation se manifeste par l'apparition d'un esprit
musical plus mature, plus deep, empreint de préoccupations
existentielles qui ont l'air très très profondes. Se
conjugue souvent au Jacquesyourbodisme ou au (Tech)no future.
Meilleurs exemples en 2011 : Koreless,Georges Fitzgerald, Eliphino, Maya Jane Coles, Disclosure.
Cobrandisme: pratique qui consiste pour un producteur de musique de danse à construire un morceau autour d'un acapella de Brandy afin d'associer son nom relativement inconnu à une figure mondialement appréciée. Le cobrandisme aboutit immanquablement à un buzz certain se traduisant par une augmentation significative du nombre de followers sur Soundcloud. En fonction de la notoriété du bidouilleur et de la qualité du morceau, le cobrandisme peut déboucher soit sur un MP3 en téléchargement libre sans photo sexy de Brandy , soit sur le pressage d'un white label sans photo sexy de Brandy . Marche aussi avec Rihanna , Ciara ou Cassie.
After Eight-O-Eight : littéralement, courir après le succès de
la juke et du footwork en exploitant à fond les sonorités de la TR 808.
Une tendance lourde démarrée en 2010 mais qui s'est encore intensifiée
cette année en version IDM , chopped and screwed ou electro vintage et
hybridé avec à peu près tout et n'importe quoi. Bref le virus semble
n'avoir épargné personne.
Meilleurs exemples 2011 : Machinedrum, Distal, Myrrys, New York Transit Authority, Om Unit,Kuedo.
Funkydrumming : transposition stricte des préceptes rythmiques
jamesbrowniens aux musiques électroniques.A savoir combiner au forceps
rigueur militaire et suavité, minimalisme martial et moiteur
érogène,uniforme kaki et hédonisme.Une forme de chaos domestiqué en somme.
Meilleurs exemples en 2011 : T Williams, DJ Champion, Mr Tickles , Funkystepz.
Nuumismatique : trouble obsessionnel compulsif consistant pour un producteur à vouloir absolument inscrire ses morceaux dans la tradition du continuum hardcore britannique (the "nuum") au risque de ne jamais les terminer : comment en effet concilier la polyrythmie de la jungle, le swing du UK Garage et la rage du grime au sein d'un seul et même track ? Certains y parviennent sans faire de revivalisme stérile et méritent en conséquence notre respect éternel.
Dubstep: courant musical émergent en provenance des Etats-Unis
et dérivé du heavy metal.On compte parmi ses pionniers l'aventureux
combo rock Korn ainsi que le visionnaire dj/producteur Skrillex à qui
l'on doit l'explosion du genre sur tout le continent américain.Mouvement
prometteur, le dubstep semble de plus en plus intéresser le Vieux Continent
si l'on en croit la timide apparition de producteurs londoniens tels
Horsepower Productions ou Mala. Affaire à suivre donc.
Tropicool (copyright GregDabo): partant du constat que la misère sociale est bien plus supportable sous le soleil de l'hémisphère Sud, le producteur tropicool tient absolument à en faire partager ses diverses expressions musicales aux classes moyennes occidentales en truffant ses morceaux de rythmes exotiques venus des Caraïbes , d'Afrique ou d'Amérique latine. Pour faire bonne figure, il s'inspire également souvent des formes les plus prolétaires de la dance-music européenne (gabber, jumpstyle,dutch house).
Meilleurs exemples 2011 : le moombahton, le label Mad Decent, le label Enchufada.
Raziek (Top Billin) nous revient avec un mix très bien ficelé qui marche sur des terres qui nous sont familières, ghetto grooves, swag, bass music et dirty house. Tu vas bouger ton body, baby !
Soulja Boy - Movie Machinedrum - Sacred Frequency Dj Roc - Dino Purple Kush Girl Unit - Wut (Claude Vonstroke Remix) Dj Lemo - We Bang Raziek - I Can Do It Nguzunguzu - Timesup Addison Groove - Footcrab Night Drugs - Higher (Everydayz Remix) Araab Musik - Let It Go Joy O - Sicko Cell Dj Deeon - X-Ta-C Cedaa - Nippon Soulja Boy & Lil B - Have You Ever Richelle - Mascotte (Mister Tweeks Remix) Hudson Mohawke - Thunder Bay Dj Slugo - I Aint Yo Baby Daddy Krampfhaft - Grind Damu - Mermaid Waka Flocka Flame - Pole S-X Vs GS Boyz - Bricks Booty Dew (Raggo Flame Edit)
Philip D Kick s'emploie à remixer à la sauce juke/footwork des classiques drum'n'bass , attestant par là même d'une forme de continuité au sein de la culture dance hardcore. Difficile d'évaluer s'il s'agit d'un simple exercice de style isolé ou d'une micro-tendance amenée à se développer mais certains s'emparent déjà de l'idée à l'instar de Machinedrum qui propose une relecture intéressante d'un vieux morceau signé Roni Size.
Hypothèse : le beatmaker le plus influent de l'année s'appelle DJ Screw. Problème : il n'a sorti aucun nouveau morceau et pour cause, il est décédé en 2000. Malgré l'évidence du handicap, l'homme règne de façon fantomatique sur des pans entiers de la musique électronique déviante depuis des mois. Mixeur hip-hop originaire de Houston, soit le lieu saint le plus vénéré de tout fan de rap yankee à la fin des 90's, DJ Screw a créé de toutes pièces sur ses innombrables mixtapes un nouveau genre , le "chopped & screwed", à partir d'une idée simplissime mais diablement efficace, à savoir ralentir tous les morceaux qui lui passaient sous la main. L'acte peut certes s'envisager comme une résistance à la tyrannie des bpm à l'heure où la vitesse définit la modernité mais plus prosaïquement il semble avant tout résulter d'une consommation massive de codéine interdisant donc toute frénésie. Quelle que soit l'intentionnalité du geste , le style Screw produit un effet déréalisant assez , euh, stupéfiant sur l'auditeur : les vocaux décélérés associés à des basses étirées au-delà du raisonnable se confrontent mollement aux beats invariablement moelleux, à la limite de l'invertébré, le tout générant une étrange ambiance de fin du monde lounge.
Approche de l'apocalypse version maya aidant , nombre de laborantins musicaux semblent avoir redécouvert le Texan ces derniers temps. Côté ricain , certains acteurs du footwork , DJ Nate en tête , triturent leur vocaux façon Screw enfantant par là-même un psychédélisme empirique assez enthousiasmant. Malgré une intention initiale similaire, les papes de la witch house Salem échouent sur leur album King Night à fusionner le "screwed & chopped" et le shoegazing pour , de fait , produire la clownerie gothique la plus surestimée du moment. Bien qu'affreuse, leur démarche témoigne néanmoins du rayonnement important de DJ Screw bien au delà des cercles hip-hop traditionnels.
Mouvement aux inclinations latines, le Moombahton promu par Dave Nada peut toutefois aussi s'envisager comme une version codéinée de la house et vient confirmer la tendance à la décélération générale question tempo.
Plus étonnant , le prodige post-dubstep James Blake converge étrangement vers le Screw sur son anthem CMYK et surtout à travers son side-project Harmonimix consacré à des relectures abstraites de morceaux hip-hop , r'n'b ou grime.
Enfin , en pleine hallucination auditive, on a également cru repérer la patte "chopped & screwed" dans le dernier single de... Cassius.Mais promis, on va mettre la pédale douce niveau codéine.